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Retraites : Quand y’a un flou...

Au jour de la présentation du projet de loi sur la réforme des retraites devant le conseil des ministres, le gouvernement a publié un document de 1200 pages censé expliquer les prétendus avantages du système par point. 1200 pages ! Du jamais vu ! Qu’on me permette dans ces circonstances de citer la célèbre phrase de Nicolas Boileau lequel prétendait que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément ».

En effet , qu’y a t’il donc à cacher dans cette réforme, rejetée par 60 pour cent des Français, pour que le gouvernement se sente obligé d’en cacher l’essentiel au cœur de 1200 pages ? Ne serait il pas plus simple de dire la vérité, c’est à dire que pour l’immense majorité des salariés la modification systémique va apporter deux grands changements : - Le premier c’est qu’ils devront travailler plus longtemps et bien au delà de cet âge pivot un temps évoqué dans un simulacre de négociation. - Le deuxième, c’est qu’à âge égal, ils percevront une pension de retraite bien inférieure à celle prévue par le système actuellement en cours.

C’est pour ces raisons - inavouables- et malgré les 1200 pages, que l’on ne trouvera pas la moindre trace de calculateur permettant à un salarié de comparer sa future pension suivant que l’on applique le système actuel ou celui par points. C’est pour cette raison que l’on ne trouvera dans le document que des « parcours théoriques » pour la plupart irréalistes ou marginaux. Ah si ! Tout de même : le gouvernement promet ce calculateur tant réclamé... mais après l’adoption de la loi. Après le flou... voilà le loup !

Après deux mois de grèves et de manifestations que FO aurait préféré éviter, après deux ans de concertation Delvoye ou rien de ce que nous avons dit n’a été écouté, certains salariés me demandent régulièrement si l’on va obtenir le retrait de la loi. A ceux ci je répond invariablement la même chose : on ne se lance pas dans une bataille pour défendre les acquis sociaux historiques en fonction des chances que l’on a de gagner à court terme. C’est un fait, le gouvernement dispose de tout un arsenal réglementaire* permettant d’imposer ses choix contre le plus grand nombre, les dernières ordonnances travail nous l’on cruellement rappelé . Et pour notre part, nous ne sommes pas législateur. Par contre, c’est l’honneur et l’avenir du syndicalisme libre et indépendant que de mener bataille à chaque fois que celle ci est juste et à chaque fois qu’elle coïncide avec des intérêts vitaux des salariés , particulièrement ceux des générations à venir.

Encore jeune militant et infirmier des hôpitaux publics, j’ai participé comme beaucoup aux grandes grèves de 1995. A cette époque, le plan Juppé sur la sécurité sociale soutenu (déjà !) par la CFDT a été imposé, malgré tout, par un gouvernement « droit dans ses bottes ». Pour autant, avons-nous eu tord de nous mobiliser en 1995 ? Certainement pas. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la détresse actuelle des hôpitaux publics, les « jets de blouse » des personnels soignants aux pieds des ministres et la révolte des grands praticiens hospitaliers qui menacent de démissionner. Cette misère des hôpitaux publics n’est que l’ombre portée de l’application du plan Juppé qui, pendant 25 ans, a asséché le financement des hôpitaux, plongeant ceux-ci dans une dette abyssale et dans les restrictions permanentes en moyens et en personnel.

Alors oui, quoi qu’il puisse advenir à très court terme du projet de loi des retraites, quoi qu’il advienne de l’entêtement gouvernemental et d’une procédure parlementaire tronquée*, nous sommes à notre place lorsque nous en exigeons le retrait de la loi, nous sommes à notre place lorsque nous nous battons contre un projet qui constitue une étape de plus dans le démantèlement, en marche, des structures sociales collectives et redistributives. Finalement, une chose reste sûre, pour nos retraites et tous nos droits : si l’on veut Reconquérir demain, il convient dès aujourd’hui, ensemble, de Revendiquer et Résister !

C’est ainsi, et seulement ainsi, que notre syndicalisme restera moteur de l’histoire sociale.

* Procédure parlementaire accélérée : quand l’exception devient la règle : Cf Elina Lemaire, Maître de conférences HDR à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, CREDESPO, Institut Michel Villey. JP BLOG.

Par Stéphane Gavelle

Secrétaire général.

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